Arsenal Supporter Club France

2011 - Arteta et Mertesacker revitalisent Arsenal

Démarré par Vince, 10-09-2020, 16:44:38

« précédent - suivant »

Vince

10-09-2020, 16:44:38 Dernière édition: 10-09-2020, 16:56:32 par Vince
CiterArteta et Mertesacker revitalisent Arsenal



On est en Septembre 2011, dans un hotel de Dortmund. Mikel Arteta vient de recevoir une standing ovation de ses coéquipiers pour sa version de la Macarena, avec danse et paroles. C'est au tour de Mertesacker, il va chanter Hey Baby de Dj Otzi. Ils ne sont là que depuis une semaines et s'apprêtent à jouer à Dortmund en Champion's League, donc ils doivent passer par le rituel initiatique de la chanson devant toute l'équipe. Mertesacker devient immense lorsqu'il monte sur la chaise, dit quelques mots à ses nouveaux coéquipiers avant de débuter la chanson (aidé par un jeune joueur qui lui a trouvé sur son portable les premiers vers). Et pour micro, BFG utilise le pain. Au moment du refrain, toute l'équipe reprend en coeur. Les performances de Mertesacker et Arteta ce jour là sont resté dans les mémoires. Personne ne s'imaginait à l'époque que l'un d'eux serait dans 8 ans le manager et l'autre le directeur de l'Academy d'Arsenal.

L'été 2011 était un des plus difficile de l'histoire moderne d'Arsenal. Cesc Fabregas quitte le Club pour Barcelone, Sami Nasri pour Man City. Suivant les conseils de Steve Rowley et Cagigao, le Club tente de signer Juan Mata et Santi Cazorla pour les remplacer, mais échouent. Les recrues jusque là sont Gervinho, Oxlade-Chamberlain, Jenkinson et Joel Campbell. A quelques jours de la fin du mercato, Arsenal se déplace à Old Trafford et perd 8-2. Une défaite qui provoque une vague d'arrivées lors du deadline day.


Arteta, malgré son profile technique, n'est pas la recrue typique d'Arsène Wenger. Il a 29 ans donc sera sur le déclin physiquement. Wenger était aussi réticent à l'idée de recruter des joueurs expérimenté en Premier League, vu l'inflation des prix. Mais c'est son expérience en Angleterre qui en a fait une recrue importante, car au milieu Arsenal compte beaucoup de jeunes avec Ramsey, Wilshere et Song, il manque quelqu'un qui offrirait une certaine fiabilité, constance et du leadership, sans perdre de temps avec une période d'acclimation. Les rapports concernant Arteta ont convaincu Wenger qu'il était l'homme de la situation. Dick Law raconte "Une chose dont Arsène passait beaucoup de temps, c'est sur ce qu'il appelle l'intelligence. Qu'est-ce que l'on sait sur ces joueurs ? Leur vie personnelle ? Leur famille ? Leur entourage ? Où est-ce qu'ils dorment ? Est-ce qu'ils dorment ? On obtient toutes ces informations à travers différentes personnes." Arteta passe ce test avec brio, on parle de lui comme d'un leader naturel, et des qualités qui conviendraient parfaitement au jeu d'Arsenal.

Lr problème c'est qu'Everton n'est pas vendeur. Arsenal et Everton ont connu des tension plus tôt cet été là, quand Arsenal a fait une offre considéré dérisoire par Bill Kenwright (Chairman d'Everton) de £10m pour Phil Jagileka. Et c'est la même offre que fait Arsenal à Everton le matin du deadline day, les Toffess refusent catégoriquement. "On pensait que c'était mort" raconte Law. "Mais Mikel a été mis au courant alors qu'il était chez lui, il prends sa voiture, va au centre d'entrainement et dit à Bill Kenwright qu'il va partir." Non seulement il annonce ses intention à son président mais aussi à David Moyes. C'est la dernière opportunité pour Arteta d'évoluer dans un grand Club qui évolue en Champion's League, et il est prêt à faire des sacrifices financiers pour que ça se fasse. Le temps passe et Arsenal manque de temps, alors pour accélérer les choses, Arteta simplifie son contrat avec un salaire de base, sans aucun bonus. Une situation qui a été rectifiée ensuite, mais le geste du joueur montre sa détermination à signer à Arsenal.

C'était aussi un gros risque pour Arsenal. Les contraintes de temps font qu'il n'y a eu aucune visite médicale, les Gunners n'ont pu que se fier aux rapports médicaux d'Everton. Alors qu'Arteta sortait d'une blessure aux ligaments du genou il y a 2 ans. Mais des deux côtés on est déterminé à ce que ce transfert se fasse. Donc tout devient intense jusqu'aux dernières minutes, Arteta a cru à un moment que le transfert a échoué, mais finalement Arsenal a le feu vert et le deal est ratifié, tout le monde est soulagé. En arrivant on demande à l'espagnol si le 8-2 ne l'a pas fait hésité, "Ce que je pense d'Arsenal ne change pas à cause d'un match, c'est certain. J'ai joué contre Arsenal plein de fois et j'ai souffert. Je ne vais pas changer mon opinion".


Par comparaison, le transfert de Mertesacker était beaucoup plus simple. C'est un joueur qui avait été proposé à Arsenal plus tôt pendant l'été - le Club connaissait le prix, et le joueur voulait venir. Seulement à l'époque il n'était pas le premier choix, mais une fois que le transfert de Jagielka n'a pas pu se faire, et que d'autres cibles n'étaient plus possible, Arsenal s'est tourné vers le géant allemand. Dès que le joueur a su pour l'intérêt d'Arsenal, il était dans l'avion. Mertesacker qui avait ramené un maillot d'Arsenal lors d'un voyage en Angleterre alors qu'il était enfant n'a eu aucune hésitation. "Il voulait seulement rejoindre Arsenal" raconte Law.


Au total, 5 joueurs ont été signés en l'espace de 24h : en plus d'Arteta et Mertesacker, il y a eu Park Chu-Young, Yossi Benayou et Andre Santos. Les contributions de Santos et Park ne laissent pas de grands souvenirs dans le Nord de Londres, mais celle de Benayoun est sous-estimée. "Yossi était respecté par tout le monde, même si il n'était pas un titulaire régulier ou un géant" se souvient un membre du staff. "Il était intelligent, une bonne personne, très sérieux à l'entrainement, toujours prêt à donner des conseils aux jeunes aussi. Une vraie influence positive." Ces nouveaux joueurs s'attendaient à trouver un Club en crise, un vestiaire démoralisé après ce 8-2. A leur grande surprise ils découvrent tout l'inverse. London Colney c'est un oasis de sérénité - aucun signe de pression ou de crise - comme on peut l'imaginer en se fiant aux médias. Quand Wenger réunit l'équipe pour l'analyse vidéo du 8-2, et pour préparer le match contre Swansea, le focus n'est pas sur les erreurs défensives sur les 8 buts concédés, mais sur le manque d'imagination lors de la possession du ballon.

Dans son autobiographie, Mertesacker raconte, "le message de Wenger c'était le jeu - avec des combinaisons plus rapides, plus efficaces, plus diverses en attaque - on prend le dessus sur n'importe équipe. C'était une conviction fondamentale, tout dérivait de ça. "Je vous fais confiance", il répétait encore et encore, "je vous demande de tout donner mais il faut réaliser que ça dépend de vous. Je vous laisse beaucoup de liberté"." La philosophie de Wenger dépendait de sa confiance en ses joueurs et des liberté qu'il leur accordait, mais avec de jeunes joueurs c'est plus risqué car ils n'ont pas l'autonomie qu'ont les joueurs d'expérience dans la gestion de leur motivation. D'entré, Mertesacker et Arteta débutent contre Swansea et Arsenal gagne 2-0, l'équipe se construit une colonne vertébrale.

Avec leurs familles à Breme et Liverpool, les deux joueurs se retrouvent à vivre au Grove Hotel à Hertfordshire. Comme Mertesacker n'est pas à l'aise avec la conduite à gauche, c'est Arteta qui le conduit chaque jour à l'entrainement. Le sujet principal de leurs conversation c'est le Football. "Ils en parlaient tout le temps" raconte un ancien collègue. "C'est cliché mais ils étaient déjà de vrais étudiant du jeu, même à l'époque". Sur le terrain, l'adaptation de Mertesacker est moins rapide que celle d'Arteta. Dans les premiers mois, son manque de mobilité est difficile à allier avec le rythme de la Premier League. Mais petit à petit il s'installe et redécouvre son calme habituel. Cette première saison, ils aident le navire Arsenal à se stabiliser et terminent à la 3ème place devant Tottenham lors du dernier jour de la saison. Entre 2011 et 2016, Arsenal terminera jamais en dehors du top4. Pendant cette période, Arteta a changé son jeu. Avec le départ d'Alex Song lors de l'été 2012, Wenger déploie Arteta dans un rôle plus reculé pour remplacer Song, plutôt que de recruter un milieu défensif conventionnel. Il a restreint ses instincts offensifs pour le bénéfice de l'équipe, ce qui montrait son intelligence.

Hors des terrains, les deux hommes deviennent les lieutenants du capitaine Thomas Vermaelen. Arsenal était une équipe jeune et fracturée à l'époque, alors que les équipes de Wenger étaient des groupes solidaires et disciplinés, la ligne de succession a été rompue entre temps. Bien que certains entraineurs font parler leur autorité pour faire respecter les règles, la préférence de Wenger c'est de laisser les leaders s'en occuper - et c'est immédiatement devenu la responsabilité d'Arteta et Mertesacker. "Vers 2004-2006, on avait de vrai policiers, des gars qui permettaient à Arsène de ne pas avoir à s'occuper des amendes et de la discipline. Arsène détestait la confrontation et les conflits - donc il avait Jens Lehmann et des joueurs comme ça pour faire la loi dans le vestiaire pour lui. Avec Mikel et Per il a retrouvé ça" raconte un ancien membre du staff. "Que ce soit Per ou Mikel, il n'acceptent pas qu'on les prennent pour des idiots - et malheureusement dans le vestiaire à l'époque il y avait quelques idiots". Tout les deux mettent en place le règlement, en retard au petit déjeuner, porter le mauvais equipment pour les déplacements, oublier de porter ses tongues dans les douches, ... sanctionné par diverses punitions.

Alors que Vermaelen manque de forme et de condition physique avant la finale de FA Cup 2014, Arteta porte le brassard. Les 9 ans d'attente prennent fin lors d'un match éprouvant émotionnellement. Vermaelen soulève le trophée, puis le donne à Arteta. L'espagnol préfère le donner immédiatement à Wenger, pour lui montrer sa gratitude après la confiance qu'il lui a montré.

Arteta et Mertesacker impressionnent le staff avec leur dévouement. "Prenez Per, par exemple" raconte Law. "Il a apporté une éthique de travail qui a vraiment secoué des gars dans le groupe. Il a fait venir son prof de Yoga à Arsenal, évidemment avec l'accord d'Arsène. Per était toujours un des premiers au centre d'entrainement et l'un des derniers à partir. Il restait pour faire son Yoga, ce qui était un concept nouveau pour chaque joueurs. Très vite, 4-5 gars l'ont rejoint pour travailler avec lui."

Quand Vermaelen quitte le Club pendant l'été qui suit, ce n'est pas une surprise d'apprendre qu'Arteta devienne capitaine et Mertesacker vice-capitaine. Arsenal remporte le Community Shield pendant l'automne, cette fois-ci Arteta soulève le trophée seul. Lui et Mertesacker fonctionnent alors en duo, Artea insiste pour que l'allemand soit toujours à côté de lui lorsqu'il s'adresse à l'équipe. "Il était le capitaine" raconte Mertesacker. "J'étais son vice-capitaine à l'époque, donc j'ai appris à côté de lui dans le vestiaire, dans les réunions avec les joueurs. Il me disait "met toi à côté de moi quand je parle aux joueurs". Il me donnait des responsabilités, il me faisait confiance et c'était très spécial."

Malheureusement, la saison 2014-15 d'Arteta est compliqué par les blessures. Une absence de 6 mois qui l'empêche de participer à la seconde finale de FA Cup. C'est alors au capitaine du jour Mertesacker de soulever le trophée, mais l'allemand insiste pour Arteta le rejoigne. "Je ne voulais pas le faire, mais Per m'a demandé de venir avec lui" se souvient Arteta. "J'ai pensé que c'était son jour, et une opportunité pour lui de vivre ce que j'ai vécu l'année dernière avec le Community Shield. Je suis fier et très reconnaissant." En 2016, Arteta prend sa retraite, Mertesacker devient le capitaine à plein temps. Il a raconté qu'il s'est inspiré de son ancien coéquipier "comment gérer chaque situation, être dur, être le capitaine et le montrer - mais aussi faire preuve d'empathie, de sentiment pour chaque personne".

Capitaine Mertesacker est exigeant, une histoire illustre parfaitement ça. Alors qu'Arsenal échoue pour se qualifier en Champion's League en 2017 - la première fois en 20 ans - il n'y a pas de bonus prévu pour les joueurs dans leur contrat pour la campagne d'Europa League de la saison suivante. Alors Dick Law accompagné d'un dirigeant veut rencontrer les joueurs pour discuter de la situation. "On a rédigé un système de bonus qui était similaire à celui de la Champion's League, mais en moins bien" se rappelle Law. "Des bonus moins élevés - pour chaque victoire, ce genre de chose. Donc j'entre dans la réunion, et je leur explique ce qu'on va ajouter à leur contrat pour qu'ils soient récompensés de bonus en Europa League. Per me regarde et me dit "On ne va pas signer ça". Sans en discuter avec ses coéquipiers, il répète "on ne vas pas le signer". Lors de la seconde réunion, Mertesacker est présent avec son vice-capitaine Koscielny et Ivan Gazidis. "On s'assoit et Per nous expliquer "On est pas un Club d'Europa League", je lui répond "Ok, qu'est-ce que tu veux dire ?", il dit alors "On ne veut les bonus que si on remporte la compétition". C'était extraordinaire, mais c'était le capitaine, et Laurent était à côté à le suivre complètement. Ils sont retourné voir leurs coéquipiers pour leur expliquer. "Les gars on est pas un Club d'Europa League, donc le Club ne nous paiera en bonus que si on remporte la compétition"."

En Juillet 2016 c'est au tour de Mertesacker de souffrir d'une blessure aux ligaments qui va le tenir éloigné des terrain pour toute la saison. Alors qu'il débute sa longue rééducation, un membre de la famille de Mertesacker lui offre une tablette de chocolat blanc. Mertesacker la met dans son casier et dit au staff : "Je ne la mangerais pas, je veux la laisser là pour me prouver que je n'ai pas besoin de chocolat." Mertesacker se bat pour retrouver la forme et fait son retour lors du dernier match de la saison, la finale de la FA Cup 2017. Il est capitaine, Arsenal gagne et il est élu homme du match.

Quand on ajoute aux qualifications en Champion's League les FA Cups, ils ont été les leaders d'une périodes de succès dans l'histoire du Club. Non seulement leur recrutement à freiner la chute du Club, mais ils ont transformé de nouveau Arsenal en équipe qui gagne des trophées.

Des années plus tard, Mertesacker directeur de l'Academy accueille Arteta le nouveau manager. "Je suis ravi que Mikel retrouve la place qui lui appartient - c'est ma conviction et c'était déjà ma conviction quand j'étais joueur." Le rôle que chacun occupe convient à leur personnalité. Mertesacker est quelqu'un de plus cérébral, réservé, il envisage son avenir plus dans un rôle de directeur technique que de coach. Arteta lui a toujours été un futur manager, quelqu'un qui adore l'adrénaline des matchs. Un ancien collègue se rappelle, "Per était discipliné, réfléchis, calme et mesuré. Mikel c'était l'inverse, il est beaucoup plus dans l'émotion, très spontané, il peut vite s'irriter et perdre sa patience si les choses se passent mal. Mais il attend le même niveau d'exigence de la part de tout le monde. Donc ça ne dérangeait pas qu'il puisse nous engueuler parfois car on sait que lui aussi était très exigeant avec lui-même."

Le planificateur et l'homme d'action, entre eux il y a le directeur technique, Edu. Arteta a 38 ans, Mertesacker 35 et Edu 42. C'est inhabituel de voir autant de jeunesse dans des rôles aussi importants. Arteta comme Mertesacker ont eu l'intelligence de s'entourer de personnes d'expérience - Steve Round et Albert Stuivenberg pour Arteta, et Lee Herron qui travaille avec Mertesacker. Dick Law : "Les rôles qu'ils occupent maintenant ont beaucoup de liens. Si Per fait du bon travail à l'Academy, ça bénéficie à Mikel. Les deux sont très intelligent, ils ont beaucoup de caractère. Je pense qu'ils ont les qualités essentiels de leaders, c'est-à-dire qu'ils ne demandent pas aux autres de faire quelque chose qu'ils pourraient faire eux-même."

Mertesacker : "On retrouve un peu nos marques, comme quand on jouait ensemble et qu'on se faisait confiance. J'ai confiance en l'avenir. On a deux rôle clés, avec Edu aussi. On ne prend rien pour acquis. Maintenant il faut progresser, redresser le Club où il mérite d'être, et c'est la Champion's League avec une équipe faite de joueur de classe mondiale, et des jeunes de classe mondiale." Ils ont redressé le Club en 2011 en tant que joueur, peut-être qu'ils y parviendront de nouveau dans leur nouveau métier.

(Athletic)