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FA Cup 1930 - L'alignement des étoiles

Démarré par Vince, 19-01-2020, 18:03:52

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Vince

19-01-2020, 18:03:52 Dernière édition: 19-01-2020, 18:27:03 par Vince
Article de Jon Spurling pour Blizzard, sur le tout premier trophée remporté dans l'histoire du Club, et le déclic de l'ère de succès d'Arsenal sous les ordres d'Herbert Chapman.
https://www.theblizzard.co.uk/article/aligning-stars

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"Les stars sont ceux qui font venir les gens dans les cinémas, music halls et stades" déclare Charlie Chaplin au début de 1925. Ses mots résonnent à travers Londres dans la seconde partie des années 20s. Le Box Office est roi. Les stars attirent les clients. Plus il y a foule, plus il y a d'argent à se faire. Dans un âge de plus en plus axé sur l'apparence, Londres qui bourgeonne de stations de métro et une économie en hausse, la présence de grand performeurs dans tous les secteurs du divertissement à Londres, tout ça crée une ambiance unique.

Peu de chance que le manager d'Arsenal Herbert Chapman avait les mots de Chaplin en tête quand il est rentré dans le magasin de sport de Charlie Buchan à Sunderland lors de l'été 1925, mais comme Joe Hulme l'a plus tard expliqué "Chapman savait que le Football c'était surtout un spectacle, que les supporters veulent voir des grands noms". La signature de Buchan (pour finalement £4100) était la première d'une série de gros transferts, à grand retentissements, réalisé par Chapman pendant ses 5 premières années à Highbury. Cela inclus David Jack de Bolton pour £11.500 (le premier transfert dépassant les £10.000) en 1928, et peut-être le plus important : Alex James en provenance de Preston en 1929 pour £8750.

Lorsqu'il arrive à Highbury en 1925, Chapman parle d'un plan sur 5 ans pour apporter les succès à Arsenal. Et par moments, ça paraissait peu probable qu'il y parvienne. Lors de la première saison, Arsenal termine second, puis perd la finale de FA Cup face à Cardiff en 1927. C'était clair qu'il avait tiré de cette équipe, trop lente et sans inspiration, le maximum. Charlie Buchan prend sa retraite, et la formation WM (conseillée par Buchan mais mise en place par Chapman), semblait n'avoir aucun impact sur les fortunes des Gunners. L'ambition de Chapman de construire une dynastie de succès au sud de l'Angleterre ne semblait plus qu'un rêve envolé. Pendant ce temps là son ancienne équipe, Huddersfield (qui a remporté le triplé lors de sa première saison à Arsenal), ainsi que Newcastle et Everton puis Sheffield Wednesday remportent les titres de champions lors de ses premières années dans le Nord de Londres, et Arsenal ne semble pas proche de rivaliser.

Chapman parle souvent avec enthousiasme de ses racines du nord de l'Angleterre. Bien qu'il aimait beaucoup ce que Londres à a offrir, comme l'éducation pour ses enfants, les opportunités de progression sociale, ça ne l'empêchait pas - comme pour beaucoup de joueurs d'Arsenal - d'avoir le mal du pays. A l'époque, Arsenal représentait la richesse londonienne et pourtant peu de ses stars appréciaient la vie dans la capitale. George Male, lui qui est né à West Ham, et qui a fait ses débuts vers les fin des années 20s, se rappelle : "A part Alex James, je dirais qu'aucun joueur ne profitais de la vie londonienne. On ne gagnait pas suffisamment d'argent ! Beaucoup étaient intimidés par Londres. Ils ont vécu toute leur enfance dans de petits villages ou de petites villes. On avait tous tendance à faire profile bas, à l'exception d'Alex. Chapman ne nous autorisait pas de vivre une vie nocturne débridée". Dans le Daily Mail on lit en 1929 que Chapman pourrait quitter Londres pour retrouver le Nord, mais finalement il refuse toutes les propositions et reste, déterminé de remplir sa promesse de succès à Arsenal.

Lors de la saison 1929-1930, les performances n'indiquent pas forcément beaucoup de progrès, mais Chapman règle un par un les problèmes qui ont empêché les succès par le passé. Avec son œil pour le détail, il renforce l'équipe à des postes clés. D'abord il remplace le défenseur central Jack Butler par Herbie Roberts pour £200. Joe Hulmes se rappelle que Butler "avait tendance à quitter son poste pour attaquer, car c'était son instinct naturel". Alors que Roberts "suivait les instructions de Chapman à la lettre" selon Male.


Tom Witthaker, Alex James et Herbert Chapman

Un autre problème était celui de l'attaquant Andy Neil, bien qu'il faisait du très bon boulot dans ce rôle, manquait de vitesse, n'était pas suffisamment adepte de percussions. Quand Preston met Alex James sur la liste des transferts lors de l'été 1929, Chapman bat la concurrence de Liverpool et Aston Villa pour signer un des "Wembley Wizzards" qui avaient choqué l'Angleterre avec l'Ecosse l'année précédente. Mais malgré la somme dépensé, il peine à avoir un impact. Une période de méforme entre Septembre et mi-Février voit l'équipe de Chapman remporter seulement 5 matchs.

Chapman - qui a connu des succès en tant que manager dans une usine à munition lors de la première guerre mondiale, et comme Manager d'Huddersfield - a du mal à gérer cet individualiste non-conformiste qu'était Alex James. Il n'était pas utilisé à son meilleur poste, plus reculé que prévu. Avant le match crucial de 4ème tour de FA Cup face à Birmingham, Chapman décide de se passer de ses services, lui demande de rester chez lui pour se reposer. Alors qu'il est chez lui, James écoute à la radio les commentaires du match en direct et Arsenal fait match nul contre les Blues, et reçoit des injections dans ses chevilles usées.

Le lendemain matin, Chapman rentre dans la chambre de James, et lui demande de s'habiller, l'informant qu'il ferait gagner le replay contre Birmingham "pour les garçon". C'était un des moment de gestion humaine les plus important du règne de Chapman à Arsenal. C'était un énorme risque confesse-t-il : "Je ne savais pas comment le faire revenir dans l'équipe". Ses collègues accueillent James comme le retour du Messie, et sous la pluie, Arsenal arrache la victoire 1-0. A ce moment là Chapman réalise que pour que James s'épanouisse à Highbury, il a besoin d'un attaquant supplémentaire à la gauche de l'attaque. Le rôle de James, bas à la perte du ballon, réduit le nombre de joueur offensif en position d'attaque, et le jeu devient prévisible.

Quand Chapman annonce en Décembre 1929 à Cliff Bastin qu'il compte le faire jouer attaquant gauche, il est sous le choc. Il est persuadé par son manager que ce changement bénéficiera non seulement à sa carrière mais au Club. Par un mélange de bluff, de jugement astucieux et de persuasion, il sculpte l'attaque qui fera les grands succès du Club dans les années à venir : Bastin - James - Lambert - Jack - Hulme. Et doucement James mène l'équipe durant la FA Cup. Au 5ème tour à Middlesbrough, Alex James prend l'espace et glisse le ballon à Lambert qui marque. Puis une tête de Bastin permet à Arsenal une victoire confortable malgré les nombreuses attaques de Boro après la pause, bien maîtrisées par la défense. Arsenal semblait avoir la chance de leur côté quand au tirage au sort ils évitent Huddersfield et le futur champion Sheffield Wednesday en demi finale, au lieu de ça ils rencontreront l'équipe de seconde division Hull City.

Pendant tout ce match Arsenal est laborieux, jusqu'à la frappe enroulée aux abords de la surface de Bastin à 6 minutes de la fin, qui permet à Arsenal de revenir à 2-2. Le replay est tout aussi difficile. James se saisit du ballon au milieu mais son ouverture côté droit semble terminer en touche. Avec la blessure de Hulme, son remplaçant Joey Williams arrive miraculeusement à s'emparer du ballon, il centre à ras de terre et David Jack donne l'avantage à Arsenal, victoire 1-0 qui permet aux Gunners de jouer contre Huddersfield en finale à Wembley.

C'est tentant de voir la finale de 1930 comme "La finale du Nord contre le Sud" (comme le titre Pathé News, voir vidéo), le jour où la balance du pouvoir bascule du côté du sud entre l'ancien et l'actuel Club de Chapman. Mais la vérité c'est que les deux Clubs étaient sur des tendances divergentes depuis 1926. Malgré le triplé d'Huddersfield, les fondations étaient instables pour Huddersfield. Dans une région plus rugby, ce Club a investit beaucoup d'argent pour de nouveaux joueurs avant la Guerre et s'est sauvé de peu de la bankrupt. Avec l'arrivée de Chapman le Club a continué ses investissements, ce qui a permit des succès sans précédent pour Town, mais après ça l'appétit de succès n'était plus le même. Après avoir fini second en 1927 et 1928, ils terminent en milieu de tableau en 1929 et 1930, alors que les investissements dans l'équipe sont réduit. Sheffield Wednesday, champion en 1929 et 1930 est devenu le vrai Club puissant du Nord de l'Angleterre, malgré leur élimination en demi finale par Huddersfield.

Contrairement à Huddersfield, où les premiers impacts de la grande dépression contribuent à une baisse du taux de remplissage de son stade, Londres est en bien plus forte position. Les constructions fleurissent dans la capitale, la banlieue suit, les lignes de métros s'étendent, les quartiers misérables sont de plus en plus nettoyés. Un nombre record de maisons sont construites à Islington, Piccadilly est complètement reconstruit. Hulme le reconnait "Londres et le Nord étaient comme deux mondes différents".


Les deux équipes entrent ensemble sur le terrain, sous le soleil, lors de la FA Cup 1930. La FA a pris cette décision comme Chapman a entrainé ces deux équipes. L'ironie de l'histoire, c'est que le jour où Arsenal arrive enfin à concrétiser ses succès grâce à une invention tactique qui a mis 5 ans à s'assembler, le premier but arrive sur un coup de pied arrêté. Après 15 minutes, James est fauché et avant même qu'il n'entende le coup de sifflet de l'arbitre, il joue le coup franc, lançant Bastin proche du poteau de corner, ce dernier lui remet et James marque d'une belle frappe avec l'extérieur du pied. Pendant toute la saison James tentait de jouer vite les coup francs, au plus grand désespoir de Chapman, car très régulièrement l'arbitre demandait à James de rejouer, et sa volonté de gagner du temps est transformé en temps perdu. Mais au moment où ça compte le plus, l'improvisation de James paie.

Tom Whittaker, le fidèle assistant de Chapman note : "C'est étrange que ce qui a virtuellement permit de remporter cette coupe c'est la désobéissance d'un ordre du chef". Hulme se rappelle dans le vestiaire après le match : "... Il souriait à James avec ses yeux scintillants en pensant au toupet de James sur cette action. Comment pouvait-il le disputer ?" Comme le dit le capitaine Tom Parker, il reste du travail en seconde mi temps, mais tout d'un coup surgit une distraction, "un énorme cigar d'argent" selon le Guardian. Le Zeppelin Graf accompagné d'une douzaine d'avions survolent Wembley en début de seconde mi temps. Le Roi George V semble heureux, il lève son chapeau alors que les avion baissent leur nez comme pour le saluer. Parker se rappelle "Je regarde dans le ciel, j'ai vu ce que c'était, et je n'y ai pas trop réfléchit. J'avais déjà vu un Zeppelin dans le ciel de Londres de toute manière". Il fait probablement référence au R101 en 1929 qui avait survolé la capitale.

C'était un coup publicitaire, le Guardian à le trouve "pas gracieux du tout, mais lourd, menaçant, triste, et qui fait un vacarme effrayant". Cette finale sera surnommé par la suite la "Zeppelin Final", symbole de l'industrie grandissante allemande dans les années 30s. 3 ans avant que les nazis prennent le pouvoir, le but de ce vol de Zeppelin au-dessus de Wembley était de rendre hommage "à l'harmonie de travail entre l'Angleterre et l'Allemagne pour en faire bénéficier à chacun de ces pays sa puissance aérienne". Lorsque l'énorme vaisseau se pose à Cardington, les scientifiques des deux pays se rencontrent pour échanger leurs connaissances en matière d'aéronautique.

Plus bas, sur le terrain, Huddersfield reste fermement concentré, et fait le siège du but d'Arsenal pendant une grande partie de la seconde mi temps. A 7 minutes de la fin, l'égalisation est proche, mais James intervient à nouveau. Il reçoit le ballon dans son camp, le Daily Mail raconte "il garde le ballon suffisamment longtemps pour que les milieux et défenseurs adverses hésitent, incertain de ses intention. Ensuite il pousse le ballon dans l'axe pour Lambert, entre les deux défenseurs, et sans qu'ils ne puissent intervenir suffisamment rapidement". Lambert lève la tête, garde brièvement le ballon, et lorsque Turner se projette vers l'avant, il lui glisse et il marque, 2-0. Enfin, après tant d'attentes, Arsenal remporte un trophée, en suivant les traces de Tottenham et Chelsea qui avaient ramené la FA Cup dans le sud auparavant. Lorsque cela comptait, les Gunners ont fait preuve d'une grande efficacité et précision, le plan - travaillé tactiquement sur le tableau noir, perfectionné à l'entrainement - a fonctionné. Pour Huddersfield qui restera dans les années 1930s une grosse équipe, la fête est finie.

A l'époque, les Unes des journaux étaient plus réservés, mais ils ont fait une exception après ce match pour parler de James. "Le toucher magique d'Alex James" titre le Daily Mail. "La justification d'Alec James : le fameux scot scotche ses critiques" titre le Evening Standard. Alors que sa réputation (ainsi que celle de son manager et de toute cette équipe) était en jeu, l'écossais a fait parler sa magie. Si Huddersfield avait réussit à revenir et gagner lors de leur domination en seconde mi temps, James pense que Chapman aurait complètement reconstruit l'équipe et l'aurait vendu. "Chapman n'était pas un homme qui réfléchissait 2 fois lorsqu'il s'agissait de dépenser beaucoup d'argent pour signer un joueur. Ils ont payé £9000 pour moi, mais pour être franc, si on avait pas gagné à Wembley ce jour là, je suis assez certain qu'Alex James aurait été à nouveau à vendre". En réalité, c'est très peu probable que le Board de Samuel Hill-Wood et sa philosophie "laissez-faire" aurait viré l'entraineur et bouleversé l'effectif en cas d'échec du plan sur 5 ans de Chapman. Ce n'était pas le style Hill-Wood.

Après ce match, l'aura de James explose. Dans son rôle à Selfridges [chaîne de grand magasins de vêtements], où il est l'image de la marque pour les vêtements sportifs, il est décrit comme "le plus grand Footballeur de son ère" dans la boutique de West End - où il pose aux côtés de la championne de tennis française Suzanne Lenglen, l'aviatrice Amy Johnson, et même Charlie Chaplin lui-même. Herbert Chapman, comme Harry Gordon Selfridge, savait que l'innovation et la nouveauté sont nécessaire pour qu'une activité reste à l'avant-garde de son secteur. Selfridge a expérimenté avec des heures d'ouvertures étendues, des animations, des associations avec les personnalités les plus fameuses de l'époque. De son côté Chapman a supervisé la construction des façades Art Deco des East End et West Stands - un style qui symbolisera Arsenal à travers les années, l'installation de la fameuse horloge, et diverses animations pour ses hôtes. Dans une ère de grande dépression qui a vu des millions de personnes perdre leur emploi, Selfridges comme Arsenal et son marble hall représente un échappatoire, le glamour et la fantaisie. Et Alex James symbolise cela pour ces deux entreprises.

Alors que les journaux nationaux sont concentrés sur les détails du match en lui-même, le Daily Gazette (ancêtre de l'Islington Gazette) voit le triomphe d'Arsenal avec une perspective plus large. Les commentaires de Chapman dans cette gazette en disent beaucoup sur son sens du business, sa compréhension de l'aspect économique, sa conscience de l'importance de la stabilité, et de l'unité comme de la patience qui sont des facteurs clés dans les succès d'une organisation. Il insiste : "On a montré un état d'esprit qui est nécessaire pour n'importe quel entreprise, que ce soit dans le sport, le business, ou la politique, pour réussir ... et tout commence dans la salle du Board. Mes dirigeants ont de grands idéaux à propos de notre grand sport, et de la vie des gens. Il n'y a rien de trop beau pour the Arsenal".

Un certain St Ivel (c'était courant à l'époque que des journalistes utilisent nom de plume plutôt que leur véritable nom), surnomme Arsenal "The Bank of England" pour ses grandes dépenses - et raconte que beaucoup de journalistes ont suggéré que Chapman devait avoir "un fer à cheval dans sa poche pendant cette finale", pour la réussite qu'Arsenal a eu dans ce match. La Gazette reprend ce thème, "Lucky Arsenal" remporte un titre. Mais Chapman, fidèle à ses principes et son système, fera bientôt d'Arsenal (qui sera champion dès l'année suivante) le Club dont tout le monde parle et qui symbolise l'innovation dans le monde du Football. Dans une ère où le Football était souvent désorganisé et chaotique, le plan sur 5 ans de Chapman à Arsenal, inspiré de théories scientifiques, économiques, avec des bouleversements tactiques, une gestion humaine plus nuancée allié au talent de ses individualités, se montrera irresistible, et façonnera le Football des années 1930s. La balance du pouvoir a clairement basculé du côté de N5.






TheMerse


Vincent92


jones79

Super histoire. Chapman est un du plus grand entraîneurs d'Arsenal avec Wenger.