Anfield 89

Les Reds de Kenny Dalglish, vainqueurs de la Cup contre Everton, sont en route vers un doublé, trois ans après leur premier du genre réalisé en 1986. A la veille de cette dernière journée du championnat 1988/89, Liverpool est en tête du classement avec trois points d’avance sur Arsenal. Les Gunners ont longtemps occupé le fauteuil de leader, comptant jusqu’à dix-neuf points d’avance sur leurs poursuivants, mais une accumulation de contre-performances, de défaites stupides et de suspensions qui ne l’étaient pas moins, ont fait fondre ce capital dès l’arrivée des beaux jours.

Arsenal est donc en plein doute existentialiste, au contraire de Liverpool. Bien que portant toujours le deuil de la tragédie de Hillsborough, les Reds sont dans une dynamique euphorique et alignent une série de vingt-quatre matches sans défaites, toutes épreuves confondues. Autant dire que l’issue de ce championnat ne fait aucun doute dans les esprits, puisque pour cette dernière journée à Anfield, Liverpool reçoit… Arsenal.

Les données de la rencontre sont claires. Il faut qu’Arsenal l’emporte à Anfield pour rejoindre Liverpool au nombre de points, et qu’il s’impose par un écart d’au moins deux buts s’il veut être champion. Nul ne croit à cette hypothèse, les Reds n’ayant pas connu à domicile de défaite supérieure à un but depuis plus de vingt ans.

La rencontre est conforme à ce que l’on attend. Les Reds maîtrisent et se créent quelques occasions. On ne parlera pas de domination écrasante, mais d’un contrôle de la situation. On ne peut guère en demander plus aux hommes de Dalglish, qui en sont à leur huitième match en moins de trois semaines… Et oui : De tout temps le calendrier a été un problème chez les footballeurs. En Angleterre plus qu’ailleurs.

Liverpool-Arsenal 1989 : Michael Thomas trompe Bruce Grobelaar…
Les Gunners, dans leur maillot JVC jaune à manches noires, semblent résignés à la supériorité de leur adversaire. Lorsqu’ils ont le ballon, ils tâchent d’en faire bon usage, mais Liverpool ne leur en laisse pas vraiment le temps. En début de seconde période pourtant, c’est Arsenal qui ouvre le score. Sur un coup franc de Winterburn botté dans le paquet, Alan Smith démarqué trompe Grobelaar de la tête.

Curieusement, ce but ne ressemble à rien d’autre qu’à un accident. Il ne change guère la physionomie du match, où Liverpool étouffe toute velléité londonienne. Et la rencontre dure ainsi jusqu’à la 90ème minute. L’arbitre consulte sa montre et décide que le match, et donc le championnat, s’arrêtera après cette ultime action : Lukic, le gardien d’Arsenal, donne le ballon à Lee Dixon. Celui-ci l’envoie loin devant vers Alan Smith qui lance Michael Thomas en pleine course. Sans vraiment le faire exprès, le numero 4 d’Arsenal efface Steve Nicol et se retrouve dans la surface sans opposition. Arrivé au point de penalty, il voit Grobelaar esquisser un plongeon à gauche. D’une pichenette, Thomas envoie le ballon sur la droite. Le ballon flotte doucement jusqu’au fond des filets.

C’est la stupeur dans le Kop. Arsenal, sans y croire lui-même, a réalisé le hold-up du siècle : l’emporter 0-2 à Anfield et arracher un titre promis à Liverpool. Kenny Dalglish fait la tête, et ses joueurs n’en mènent pas large. Puis Anfield applaudit le nouveau champion. Il ne blâmera pas ses joueurs. Un match perdu, après tout, ce n’est pas si grave même si ça nous prive du championnat. Les évènements récents ont donné un sens des valeurs aux gens de Liverpool.

Écrit par Richard N. (kicknrush.com)